L'UAM lance la première édition de ses Journées d'Information et d'Orientation : quand choisir sa filière devient une affaire de tête et non de mode
L'Université Abdou Moumouni (UAM) de Niamey a officiellement lancé ce mercredi, dans l'enceinte de l'École Normale Supérieure (ENS), la toute première édition de ses Journées d'Information et d'Orientation (JIO) à l'intention des nouveaux bacheliers. Jusqu'au 7 août, stands d'information, échanges avec les enseignants et témoignages d'étudiants vont s'enchaîner autour d'un même objectif : aider les futurs étudiants à ne pas se tromper de voie au moment de choisir leur filière universitaire.
Un mal identifié : le choix de filière par mimétisme
Dans son mot d'ouverture, le Professeur Zanguina Adamou, chef de la Scolarité centrale et président du comité d'organisation de ces JIO, a d'emblée planté le décor. Il a salué la présence des enseignants-chercheurs, des invités venus d'autres institutions du Niger et de l'étranger, ainsi que des personnels administratifs et techniques et des étudiants, avant de rappeler l'origine du projet.
Le constat de départ, dit-il, est simple mais préoccupant : de nombreux étudiants sollicitent un changement de filière peu après avoir fait leur choix d'inscription. Pour le président du comité d'organisation, ces échecs répétés ne relèvent pas du hasard mais, le plus souvent, d'une mauvaise orientation initiale.
Il pointe deux causes principales. La première est l'effet de groupe : « Certains ne choisissent pas une filière parce qu'ils sont motivés mais simplement parce qu'ils font des choix faits par d'autres camarades et ils pensent qu'en allant dans le même sens, ils vont pouvoir réussir », explique le Pr Zanguina Adamou, avant de constater que cette logique mène le plus souvent à l'échec.
La seconde cause, selon lui, est la pression familiale. Le professeur cible directement les parents, qui orientent parfois leurs enfants vers des filières prestigieuses, médecine, mines et pétrole sans consulter leurs véritables aspirations. « L'enfant n'est pas préparé pour suivre cette filière, mais nous les parents nous l'avons poussé à choisir cette filière », regrette-t-il, avant de lancer un appel : « Consulter les enfants, leur demander qu'est-ce qu'ils veulent, qu'est-ce qu'ils peuvent faire, et maintenant les encourager dans ces choix au lieu de les orienter nous-mêmes. »
Conséquence de ces mauvais aiguillages, selon le chef de la Scolarité centrale : des étudiants qui passent deux ou trois années dans une filière sans valider un seul semestre, avant de finalement demander une réorientation un retard qu'il juge évitable si le bon choix est fait dès le départ.
Le recteur BARAGÉ Moussa : « Choisir une filière, c'est comme choisir un plat dans un restaurant »
C'est le Professeur Baragé Moussa, recteur de l'UAM, qui a livré le discours le plus imagé de la cérémonie. S'adressant directement aux nouveaux bacheliers qu'il a qualifiés de « futurs cerveaux de l'Université Abdou Moumouni », il a d'abord tenu à les féliciter pour l'obtention de leur baccalauréat, décrite comme « le visa pour accéder à l'Université ».
Le recteur a ensuite recentré le débat sur l'enjeu véritable de ces journées : « Nous sommes là aujourd'hui pour répondre à la principale question qui vous taraude l'esprit, à savoir quelle spécialité vais-je choisir ? » Un choix qu'il n'a pas hésité à qualifier de décisif pour l'avenir, rappelant aux bacheliers qu'ils se trouvent « dans un tournant décisif » de leur vie, la décision prise aujourd'hui étant susceptible de « dessiner les quarante prochaines années » de leur existence.
Pour illustrer son propos, le Pr Baragé Moussa a filé une métaphore culinaire restée l'un des moments forts de son allocution : « Choisir une filière, c'est comme choisir un plat dans un restaurant. Si vous choisissez mal, vous allez mal manger. »
Il a ensuite détaillé deux erreurs à éviter absolument. La première consiste à se laisser influencer par les tendances du moment plutôt que par ses propres aptitudes : « Choisir en considérant les bruits ou avec les oreilles des autres [en se disant] fais médecine, c'est ça qui rapporte aujourd'hui, ou bien fais droit, tu seras magistrat. » Il a mis en garde ceux qui redoutent la vue du sang contre une orientation vers la médecine, les invitant plutôt à se tourner vers d'autres voies la banque ou l'agriculture, par exemple en fonction de leurs réelles dispositions.
La seconde erreur relevée par le recteur touche à une idée reçue sur le diplôme lui-même. Pour lui, obtenir un diplôme ne suffit pas à garantir une insertion professionnelle réussie : « Le diplôme, c'est la porte d'entrée dans le monde du travail. Ce qui fait la différence par la suite, c'est les compétences que vous acquérez au cours de la formation. » Un message qui prend tout son sens dans un contexte de marché de l'emploi de plus en plus concurrentiel, a-t-il souligné, avant de rappeler que l'UAM ne se limite pas à ses amphithéâtres, mais offre aussi laboratoires, bibliothèques et terrains d'application aux étudiants prêts à s'investir.
Du côté des bacheliers : soulagement et déclics d'orientation
Sur le terrain, entre les stands d'information tenus par les différentes facultés et l’ENS, les nouveaux bacheliers ont, pour beaucoup, trouvé les réponses qu'ils cherchaient.
C'est le cas de ce jeune candidat venu confus et reparti avec une filière en tête : « Lorsque je suis venu ici, moi, je suis dans la confusion car je ne sais pas quel choix faire …. Mais lorsque j'ai assisté à cette conférence, sérieusement, ça m'a beaucoup aidé, ça m'a beaucoup enrichi, ça m'a beaucoup motivé à faire un bon choix. » Après avoir fait le tour des stands, il confie avoir trouvé la filière qui l'intéresse : la sociologie. « J'implore aussi que ça continue, que ça ne s'arrête pas ici », lance-t-il, enthousiaste.
Moussa Zango Mariama, venue déposer son dossier d'inscription, a elle aussi profité de l'occasion pour affiner son choix. Au-delà des informations recueillies, elle retient surtout une leçon d'autonomie : « J'ai aussi appris que pour le choix des filières… les avis sont tous les bienvenus, mais c'est à moi de choisir ce que je dois faire, pas seulement en fonction de ce que mes camarades font, mais en fonction de ce que moi je peux faire. » Elle invite d'ailleurs ses camarades à profiter des trois jours d'activités, qui se poursuivent jusqu'au 7 août, pour venir s'informer à leur tour.
Même son de cloche chez Mouslahidine Farida, orientée vers le secteur de la santé, plus précisément la maïeutique (sage-femme) : « Grâce au stand et autres, ça m'a permis de plus m'orienter, de plus savoir ce que je voulais. Ça m'a permis d'avoir des renseignements sur ce que j'aimerais faire plus tard, et ça m'a beaucoup aidé. » Elle indique avoir déjà entamé sa pré-inscription en ligne.
Une initiative appelée à se pérenniser
Entre le discours institutionnel des autorités universitaires et les témoignages spontanés des bacheliers, un même fil conducteur se dégage de cette première édition des JIO : le choix d'une filière universitaire ne doit obéir ni à la pression sociale, ni à l'influence familiale, ni aux effets de mode, mais aux aptitudes et aux passions de chacun.
Portée conjointement par le rectorat et la Scolarité centrale de l'Université Abdou Moumouni, cette initiative répond à une problématique bien connue des établissements d'enseignement supérieur nigériens : le nombre élevé de réorientations et d'échecs académiques liés à un mauvais choix initial. Au vu de l'accueil réservé par les nouveaux bacheliers, nombreux à souhaiter que l'expérience soit reconduite, les organisateurs pourraient bien avoir posé, avec cette première édition, la première pierre d'un rendez-vous annuel incontournable pour les futurs étudiants de l'UAM.
Par Faride Boureima